27 juillet 2010

Ma première visite chez le psy, un grand moment. Je n'avais jamais eue l'occasion de fréquenter un membre de cette profession, psychiatre, psychologue ou psychanalyste. En arrivant à l'adresse, je passe deux fois devant en voiture. Une grande maison bourgeoise de la région, en pleine zone d'immeuble. Pas de plaque de médecin, rien qui pourrait indiquer la présence d'un cabinet. Je me gare, première difficulté, tous les parkings sont en zone bleu, je n'ai pas de disque. Je suis contrains de trouver une place dans une rue parallèle, pas grave, il fait beau, cela me fera marcher.

Je me présente à la grille, trois interrupteurs, trois sonnettes. Je distingue la maison un peu plus loin derrière une cours ombragée. Une maison 1800 de deux étages, avec des combles aménagés. Je regarde les sonnettes je repère celle du docteur, il n'est pas indiqué sa spécialité. Je sonne, sur la porte est écrit "tirer la porte pour devérouiller", je m'apprête à tirer, la gâchette électrique se fait entendre je tire, puis pousse la porte pour entrer dans la cours.

Je me dirige vers la porte d'entrée, accessible par un double escalier. Arrivé à proximité, je vois un panneau en cuivre : la porte de la salle d'attente est située à gauche dans les jardins. J'ai un moment d'hésitation, puis me décide à contourner la maison par la gauche. Un petit jardin se distingue derrière la demeure. Une porte accessible par un modeste escalier se découvre sur le coté. Un panneau également en cuivre indique salle d'attente, l'entrée des domestiques? Je grimpe, ouvre la porte. Je me trouve dans une toute petite antichambre faisant office de salle d'attente, moquette au sol, odeur forte caractéristique des intérieurs chargés en tissus. Quatre chaises encadrent une petite table basse sur laquelle se trouve deux magazines féminin. Ce n'est pas ici que je trouverais de la lecture. Papier peint beige au mur d'un autre âge, trois portes donnent dans cette antichambre. Deux portes sont capitonnées, probablement les cabinets. Une au fond est de taille plus réduite et plus simple. Je l'ouvre, mon intuition ne m'ayant pas trompée je trouve des toilettes. Je ferme la porte et m'assois dans l'antichambre, je sors mon livre. Comme à mon habitude j'arrive en avance. Comme à mon habitude, je vais devoir patienter, je suis seul dans la salle d'attente.

Je ne vois pas le temps passer, mes pensées vagabondent, je ne suis pas très concentré sur mon livre. Une porte s'ouvre, une femme brune coupée court, le sourire aux lèvres apparait de la droite. Il doit être un bon psy si elle a le sourire. j'articule un bonjour, elle me répond puis s'enfuie vers l'extérieur.

Quelques minutes plus tard, une tête dépasse de l'encadrement de la porte restée ouverte. Mr, vous voulez bien entrer? Je me lève prends ma casquette et mon bouquin et pénètre dans le cabinet encore de la moquette, plafonds haut, bibliothèque à droite, la même odeur. Deux sièges se trouvent devant un bureau massif en bois sombre. Un fauteuil capitonné à gauche contre le mur et prêt d'une fenêtre est en enfilade avec un sofa. le bureau est dos à une fenêtre haute. Les deux fenêtres sont garnies de lourds doubles rideaux. Je n'hésite pas longtemps et me dirige vers le siège devant le bureau à droite, je n'ai aucunement l'intention de m'allonger. Il confirme mon choix et à ma grande surprise prend place dans le siège de gauche. Veut-il créer un climat de confiance sans avoir d'obstacle entre nous? J'en profite pour l'examiner. Il ressemble à un professeur d'université. Chemise à rayures de différentes couleurs, pantalon beige en matière indéfinie, veste kaki, il a le visage rond et agréable, des cheveux grisonnant et encore nombreux. Il a probablement la quarantaine dépassée voir la cinquantaine, je n'ai jamais été fort pour deviner les âges. Il ne sourie pas, garde le visage grave, cela ne détend pas l'atmosphère.

J'ouvre mon sac lui tend la lettre du médecin. Il commence à lire à voie haute.

Cher confrère, je confie à vos bon soin Mr.... Puis sa voix se tarie dans un murmure. Il continue la lecture de la lettre écrite sur une ordonnance. Sommes nous réduit à une ordonnance dans ce monde aseptisé? J'en profite pour observer la bibliothèque. De la ou je me trouve, je ne peux pas lire le titre des livres, mais sur chaque étagère se trouve des figurines, des petits objets décoratifs. Une étagère est dédiée à des objet grecs, je reconnais le style dans un vase, une petite statuette. Puis il arrête sa lecture, le silence s'installe, sa première question me déstabilise :

"Que ressentez vous?"

Il est froid, impersonnel. Ce que je ressens, oui ce que je ressens, de la solitude, de la douleur, un grand sentiment d'injustice, de la haine, tout cela mélangé. En un éclair je pense qu'il voulait peut être que je lui dise ce que je ressentais physiquement, et puis non, il a l'air satisfait. Nouveau silence, je ne sais pas trop si cela fait partie de la thérapie. La seconde question ne tarde pas.

"Racontez moi ce qui vous est arrivé, je veux dire en dehors de ce que m'a écrit votre médecin."

Je ne sais pas ce qu'il y avait dans la lettre, alors je commence à raconter mon histoire, avec ses rebondissements. Je n'ai plus vraiment la notion du temps, je donne des dates approximatives, au milieu de mois, ou à la fin. Je lui explique mes découvertes, mes déconvenues, mes malheurs. je lui explique à quel point je tenais à elle, je lui dit que j'aimerais tourner la page. Je parle, il écoute, quelque fois demande une précision, mais le plus souvent garde le silence. Est-ce cela suivre une thérapie, parler et être écouté? Je m'arrête enfin, le silence s'installe, pesant. Je n'aime pas ce silence.

"Comment cela se passait il sexuellement, avant la rupture?"

Vaste question, que je me suis posé déjà de nombreuses fois. Je lui réponds d'un ton monocorde en tentant d'être détaché, comme si je parlais de la pluie ou du beau temps. Qu'il est difficile de parler de soit de confier des détails intimes. C'est difficile, mais tellement facile une fois que l'on démarre.

"Vous savez les médicaments ne font que 50% du travail, le reste vous devrez le faire"

Oui, mais je n'y arrive pas, je suffoque, je me noie, je suis ici pour cela. Mais ai-je vue la bonne personne?

"Et vous étiez vous fidèle avant la rupture, regardiez vous les autres femmes"?

Non, je n'ai jamais trompé ma compagne. Je ne suis jamais écarté de la ligne de conduite que je m'étais fixé. Je la respectait trop.

"Ce n'est pas votre genre"

Non, pas vraiment non.

"Avez vous encore des sentiments pour elle?"

je réfléchie, laisse un temps d'arrêt. Je connais la réponse pour me l'être déjà posé de nombreuses fois.

"Oui j'ai encore des sentiments pour elle".

"Je pense que vous n'êtes pas prêt à tourner la page."

Une chose sur laquelle nous sommes d'accord. Mais que dois-je faire pour être prêt? Une sonnette retenti, probablement, la porte de la grille. Il prend un interrupteur posé sur le fauteuil derrière lui. La place qu'il a choisit était peut être stratégique. Il actionne l'interrupteur pour ouvrir la gâche électrique puis se retourne vers moi.

"Tant que vous resterez en contact avec elle, vous n'y arriverez pas."

Pour le moment, que des faits établis pour moi. Je ne veux pas rester en contact avec elle, c'est elle qui me dévore, qui me consume à feu doux, c'est elle qui reste dans ma vie pour ses considérations économiques, matérielles, pratiques.

"Les médicaments ne font que 50% du travail, mais je pense qu'il faudrait doubler les doses de ce que vous a donné votre médecin. Vous prendrez donc le double de gélule. On se reverra dans deux semaines pour faire le bilan. Pour le moment je ne vous fais pas de prescription." Nous allons nous arrêter la pour aujourd'hui."

Je reste un peu abasourdi, doubler le traitement? Je n'ai jamais voulu prendre de médicament, j'ai toujours freiné car je n'ai jamais eu envie d'être dépendant. Dois-je en arriver la?

Il repasse derrière son bureau prend ma carte vitale et perd patience devant le terminal. Nous fixons une date. Il me demande ses honoraires. Je les paye en liquide. Il se lève de nouveau, je l'accompagne jusqu'à la porte.

"Au revoir à bientôt". dit il en me tendant la main

Je balaie du regard la salle d'attente, deux femmes, l'une est maquillée à l'excès, l'autre est en sur-poids manifeste et ne sais pas se coiffer. Je sors, l'air frais me fais du bien, l'odeur du cabinet était étouffante.

Je me dirige comme un automate vers la voiture et pars au travail.