Aout 2005

 

Suite aux problèmes de la construction de notre maison individuelle, nous avions du retard dans nos prévisions. Notamment, nous ne pouvions emménager directement sans qu'il n'y ai dans la maison un minimum de finitions. Ma compagne était allergique à peu prêt à tout ce que l'on peut trouver sur cette terre. La poussière de plâtre, l'odeur de peinture, la sciure de bois, tout l'incommodait et pouvais lui déclencher des crises d'asthme. Pour habiter la maison, il fallait donc que les peintures soient réalisées dans un minimum de pièces. Nous dûmes par conséquent prendre un peintre pour réaliser le travail dans les délais de notre préavis. Il s'occupa du salon au rez de chaussé et de la cuisine, de la cage d'escalier, du couloir de l'étage et de la salle de bain. Parallèlement, je faisais le cellier et les toilettes. Elle n'était pas enchantée à l'idée de faire de la peinture. Mais elle décida néanmoins de s'occuper de la finition de certains murs avec de la peinture à effet, c'était un peu son travail, la décoration. Elle le fit dans les toilettes, et sur un grand mur de l'entrée et du salon. Je devais m'occuper également de l'organisation du déménagement, et des cartons, elle avait toujours du mal à faire des cartons seule, ou des sacs d'ailleurs par exemple pour un voyage. Je ne sais pas pourquoi mais elle s'y prenais toujours au dernier moment et toujours de la mauvaise manière. Je laissais faire car la vie étant ce qu'elle est, autant éviter le maximum de sujet de mésentente, surtout pour des broutilles pareilles. Donc je faisais mes cartons et les cartons communs que j'apportais jour après jour dans le garage.

Le jour J arriva enfin, ou l'on organisa le déménagement des meubles de notre appartement vers la maison. C'était un jour heureux, exaltant. Je n'ai pas de photo de cette journée, car malheureusement, je les ai perdues en réalisant le transfert vers mon ordinateur. Je l'ai toujours regretté. Nous avions convié nos amis les plus forts, surtout les miens d'ailleurs, de souvenir, seul un de ses collègues était venue.

Elle était malade d'avance de ce déménagement. Elle appréhendait beaucoup pour ses meubles car elle n'aimait pas les chocs, les marques. Lorsqu'elle choisissait un bibelot dans un magasin, elle était capable de faire tout le stock jusqu'à trouver celui qui lui correspondrait le mieux, avec le minimum d'imperfections. Mais la manutention se déroula correctement. Nous ne pûmes éviter quelques chocs, mais cela resta raisonnable. La maison se remplie, premier apéro, première joie de se retrouver chez nous, nous avions installé le canapé convertible dans le salon afin de pouvoir y dormir. En effet, aucune chambre de l'étage n'était terminée. Il nous restait le sol, la préparation des murs, la peinture et les placards à faire pour chacune d'entre elle.

Les années qui suivirent furent consacrées à cela. Trouver des parquets, trouver la peinture, trouver les placards. Elle était toujours très exigeante, cherchant toujours la bonne affaire, les meilleurs prix, mais elle n'optait pas toujours pour le choix le plus pratique. J'ai dû m'atteler à préparer les murs dans chacune des chambres, enduire, poncer, et peindre. Elle en était incapable. Je crois qu'elle a due passer en tout et pour tout une couche dans notre chambre. Sinon, elle attendais au rez de chaussé en attendant que je termine, en potassant un bon livre ou en jardinant sans trop forcer.

Nous avons également acheté un abris de jardin pour y mettre les outils, la tondeuse et les meubles d'extérieur, nous avons malheureusement commis l'erreur d'acheter un abris en bois non traité. Nous ne pouvions le monter sans qu'il soit traité contre les insectes. Encore une fois ce fut moi qui fit le travail. J'ai rentré toutes les planches dans le garage et tous les soirs, je traitais celles du dessus les unes après les autres, puis je les laissait sécher et je modifiais la pile de planche le jour suivant pour en faire d'autres, tous les jours après le travail. Cela me pris plusieurs mois, de manipulations, d'efforts. Elle ne m'aida pas beaucoup non plus, elle dû participer deux à trois fois, le week end, lorsque je sortais les planches dans notre jardin afin de les traiter en série.

Notre chambre à l'étage fut la première terminée, ce fut encore un moment de joie et de bonheur lorsque nous l'étrennâmes pour la première fois. Nous pouvions enfin avoir un endroit à part ou dormir, se reposer pendant que l'autre pouvais faire autre chose. Elle pris notamment l'habitude de passer beaucoup de temps dans cette chambre pour y lire, ou pour dormir, y regarder la télé. Nous avons acheté un grand lit avec un très bon couchage. Elle se couchait plus tôt que moi et cela me permettait d'être plus libre de mes mouvements le soir. J'allais la rejoindre plus tard. Il m'arrivais également de rester avec le soir pour qu'elle s'endorme elle adorait s'endormir dans mes bras. 

Elle avait beaucoup de défauts, je faisais tout à la maison, du ménage à la cuisine, mais elle avait cette qualité que je recherchais et que je recherche toujours chez une femme, elle était câline. Lorsque je l'avais dans mes bras, comme un chaton, j'oubliais tous ses défauts. Je n'avais plus qu'une envie, la caresser, la dorloter.

Les années passèrent, la maison prenait forme, les quatre chambres furent quasiment terminées. Les murs cependant restaient vide. En effet, elle avait toujours un blocage au moment de mettre quelque chose au mur. Pour elle, c'était irréversible, il fallait donc qu'elle soit sûre d'elle, et comme elle ne l'était jamais, il n'y avait jamais rien accroché aux murs. Les murs restaient blancs, cela ne me gênait pas vraiment, j'y était habitué. Mais je ne pouvais m'empêcher de la relancer sur le sujet. Elle avait la même manie sur les luminaires, elle voulait en mettre un uniquement si elle avait un coup de foudre. Comme cela ne lui arrivait pas souvent, nous n'avions pas de luminaires dans la maison, uniquement les ampoules nues, à part pour ceux ou j'avais insisté ou alors ou j'étais passé outre son avis. Les rideaux, c'était pas trop son truc. Percer le mur pour mettre une tringle lui posait problème et elle trouvait cela moche, et les voiles, elle n'aimait pas cela. La décoration, c'était son plaisir, mais ses inhibitions faisaient qu'elle était vite bloquée dans ses réalisations. Elle se lança aussi dans quelques techniques décorative de petits accessoires en bois, avec la technique des serviettes en papier et de la colle à bois. Elle fit ainsi deux ou trois petits rangements pour cinq ou six que l'on avait acheté et qu'elle n'a jamais finit.

Je l'aimais pourtant, je l'aimais plus que tout, cela ne s'explique pas vraiment, je gommais ses défauts lorsque je la voyais sourire, heureuse. Je la consolais lorsqu'elle était triste ou qu'elle se sentait mal dans sa peau. J'adorais son odeur, son contact, la masser. Je me sentais bien avec elle, lui tenant la main.

Le temps passait, et elle m'annonça qu'elle était prête, qu'elle arrêtait la pilule pour que l'on puisse avoir un enfant. Elle semblait sure d'elle, elle voulait un enfant de moi. Le plus grand bonheur qu'elle puisse me faire, elle était prête à me le concrétiser.

J'avais le sourire aux lèvres et confiance dans l'avenir.