Année 2004

Le projet puis la construction de la maison dura plus d'un an. Un an pendant lequel nous avons préparé les plans, démarché les fournisseurs, rechercher les produits qui nous plaisaient, tout en gardant les limites de notre portefeuille. Elle s'était emballée pour ce projet. Une maison rien qu'à nous, elle trouvait cela motivant. Elle se fixa aussi des objectifs, pour réduire les coûts. Elle trouvait tout cher. Elle insista par exemple pour prendre les sanitaires à notre charge. Moi je ne pouvais pas m'en occuper. Mon travail ne me laissait pas assez de libertés, mais elle pouvait le faire. Elle suivie le chantier. Moi je m'occupais des plans, des schémas électriques, de la comptabilité. Je faisais cela bien. Nous avions convenu de financer chacun la moitié de la maison. Elle était plus jeune que moi de 5 ans, avec une moins bonne situation que moi, mais évidemment, elle eue un plus gros apport personnel. Ses parents l'aidèrent largement, moi, personne ne pouvais m'aider. J'ai donc du m'endetter plus qu'elle, je pouvais me le permettre.

Des problèmes nous en avons eu comme dans toute construction. Heureusement, elle passait sur le chantier tous les jours. Elle pu rattraper comme cela un certain nombre de bourdes. Elle passait du temps à rêver à sa nouvelle maison et elle languissait d'y habiter. Elle était fière de son projet et en discutait largement autour d'elle à ses collègues. Elle mettait même sa maison en fond d'écran au travail.

Par contre je la trouvais trop radine, toujours à regarder, toujours à comparer. Elle découvrit la mode des 100% remboursés. Ces produits que l'on achète et que l'on peut se faire intégralement remboursés si l'on est pas satisfait. Elle en profita exagérément. Elle jonglait entre plusieurs comptes à des adresses différentes. Elle alla même jusqu'à remplir deux caddies entiers de choses diverses lors d'une opération spéciale d'une chaîne de supermarchés. Moi j'assumais, en râlant, mais je suivais. Je trouvais cette lubie trop prenante, elle y passait beaucoup de temps. Mais j'avais déjà appris qu'elle était comme cela. Lorsqu'elle se découvrait une lubie, elle s'y lançait tête baissée. Elle ne regardait jamais les conséquences. Elle se complaisait dans une sorte de boulimie sauvage que rien ne pouvait calmer. Et puis en général, cela disparaissait avec le temps. Elle se trouvait une autre occupation. Toujours à chercher des choses hors du commun. Des occupations qui la sortaient du quotidien, quotidien qu'elle détestait je pense.

Nous avons pris possession de la maison en 2005, en été. Nous avons eue deux mois de retard dans la date de livraison prévue, ce qui nous obligea à reporter le préavis de notre appartement. Nous avons rencontré des problèmes d’écoulement des eaux de pluie à la fin du chantier. Un orage nous montra que la cours était inondée, les eaux ne s'écoulaient pas correctement sur la voirie, et pour cause, l'évacuation débouchait en dessous du niveau de la voirie. Tout système savant d'écluse ne pouvait rattraper l'écart qui existait. Je m’opposai formellement à la mise en place d'une pompe de relevage. Je n'avais pas envie d'avoir à entretenir un matériel qui pouvait à tout moment tomber en panne, et en général il tombait en panne toujours au pire moment. Le constructeur rejetait la faute sur la société ayant réalisé la voirie, et cette société rejetait la faute sur le constructeur... Avec entre les deux, et contre nous, le lotisseur qui n'avait pas envie de payer quoi que ce soit. Nous dûmes faire appel à un expert en bâtiment pour faire avancer la situation. Nous, personne ne nous écoutait, nous n'étions pas du métier. Elle pris les choses en mains et fit intervenir notre assurance. Elle trouva un expert, cela permit le déblocage, et la prise de décision de relier notre évacuation directement au réseau des eaux de pluie. Ce fut un soulagement pour tous les deux, et surtout cela nous permit d'emménager dans notre nouvelle maison.